Outcast

Outcast



He entered the park by the first gate and walked along under the gaunt trees. He walked through the cleak alleys where they had walked four years before. She seemed to be near him in the darkness. At moments he seemed to feel her voice touch his ear, her hand touch his. He stood still to listen. Why had he withheld life from her ? Why had he sentenced her to death ? He felt his moral nature falling to pieces.

When he gained the crest of the Magazine Hill he halted and looked along the reiver towards Dublin, the lights of which burned redly and hospitably in the cold night. He looked down the slope and, at the base, in the shadow of the wall of the park, he saw some human figures lying. Those venal and furtive loves filled him with despair. He gnawed the rectitude of his life ; he felt that he had been outcast from life's feast. One humain being had seemed to love him and he had denied her life and happiness : he had sentenced her to ignominy, a death of shame. He knew that the prostate creatures down by the wall were watching him and wished him gone. No one wanted him ; he was outcast from life's feast. He turned his eyes to the grey gleaming river, winding along towards Dublin. Beyond the river he saw a goods train winding out of Kingsbridge Station, like a worm with a fiery head winding through the darkness, obstinately and laborioulsy. It passed slowly out of sight ; but still he heard in his earsw the laborious drone of the engine reiterating the syllables of her name.

He turned back the way he had come, the rhythm of the engine pounding in his ears. He began to doubt the reality of what memory told him. He halted under a tree and allowed the rhythm to die away. He could not feel her near him in the darkness nor her voice touch his ear. He waited for some minutes listening. He could heard nothing : the night was perfectly silent. He felt that he was alone.

Joyce, A Painful Case



Il entra dans le parc par le premier portail et avança sous les arbres décharnés. Il suivit les allées balayées par le vent où ils avaient marché quatre ans auparavant. Elle semblait être tout près de lui dans l'obscurité. Par moments il lui semblait sentir sa voix lui effleurer l'oreille, sa main toucher la sienne. Il s'arrêta pour écouter. Pourquoi lui avait-il refusé la vie ? Pourquoi l'avait-il condmanée à mort ? Il sentait sa nature morale se désagréger.

Lorsqu'il atteignait la crête de Magazine Hill il s'arrêta et son regard suivit la rivière en direction de Dublin, dont les lumières brillaient, rouges et accueillantes dans la nuit froide. Son regard descendit la pente et, tout au bas, à l'ombre du mur du parc, il vit quelques formes humaines allongées. Ces amours furtives et vénales l'emplirent de désespoir. Il mettait peu à peu en cause la rectitude de sa vie ; il se sentait banni du festin de la vie. Un seul être humain avait paru l'aimer et il lui avait dénié vie et bonheur : il l'avait condamnée à l'ignominie, à une mort infâme. Il savait que les créatures prostrées au pied du mur l'observaient et auraient voulu le voir partir. Personne ne voulait de lui ; il était banni du festin de la vie. Il tourna les yeux vers le fleuve gris et miroitant qui serpentait en direction de Dublin. Au-delà du fleuve il vit un train de marchandises sortir, sinueux, de la gare de Kingsbridge, tel un ver à la tête de feu serpentant dans l'obscurité, obstinément, laborieusement. Il disparut lentement à sa vue ; mais il ne cessait d'entendre résonner dans ses oreilles le laborieux bourdonnement de la machine répétant inlassablement les syllabes de son nom à elle.

Il s'en retourna, prenant le chemin par lequel il était venu, le rythme de la machine cognant dans ses oreilles. Il commençait à mettre en doute la réalité de ce que la mémoire lui contait. Il fit halte sous un arbre et laissa le rythme mourir peu à peu. Il n'arrivait pas à la sentir près de lui dans l'obscurité ni à sentir sa voix lui effleurer l'oreille. Il attentit quelques minutes, à l'écoute. Il ne pouvait rien entendre : la nuit était parfaitement silencieuse. Il écouta de nouveau : parfaitement silencieuse. Il sentit qu'il était seul.

# Posté le dimanche 22 mars 2009 09:29

Nota

Nota
Ca m'énerve, il y a des gens que je connais en réel qui lisent mon blog, du coup je suis obligée de me censurer à mort, et de ne rien dire d'important sur moi.

:/

:(

Donc du coup, voilà, vous n'apprendrez rien sur moi aujourd'hui

(La schizo, elle parle toute seule...)

# Posté le vendredi 20 mars 2009 21:52

Agoraphobie (phase terminale)

Agoraphobie (phase terminale)
J'aime pas beaucoup les cours de lettres cette année, c'est un fait. En plus aujourd'hui, on devait se taper un remake du corrigé du concours blanc (que la prof avait déjà fait hier mais qu'elle a repris pour les absents, c'était très chiant), et pour ne rien arranger, elle est partie en trip sur la cinquième promenade des Rêveries : Rousseau, étamines et plaisir solitaire au menu (je vous passe les détails, n'allez pas non plus imaginer des trucs immondes, ça reste assez soft).

Comme je m'ennuyais, j'ai décidé d'écrire un petit poème (c'était idiot mais les filles à côté de moi peignaient des aquarelles ou dessinaient des portraits de leur copain au criterium, et toute cette effervescence créatrice était fort stimulante). Le problème, c'est que je suis la pire des médiocres en matière d'art, qu'en tout cas aucun plouc transcendant ne m'a jamais dotée de la plus infime particule de génie. Je me suis donc demandée : comment écrire un poème qui fait genre trop génial quand on est inculte et qu'on n'a pas de talent. J'ai (peu) réfléchi et j'ai produit ça :


Là c'est mon petit vortex de solitude où le lac
Allonge ses eaux sur l'étendue de nos ivresses
C'est là que vient le soleil et je sais que tout va bien

Encore je plonge où personne ne plonge
Ni ne s'envase où je m'envase

A petits pas d'oiseau dans la boue
Rien n'existe encore sinon les traces des oiseaux
A petits pas d'oiseleur et je m'enfonce avec des
Gargouillis comme un petit ours lourd de tous les poissons
Ode au début des débuts quand tu étais petit quand je suis
Nue dans les bras du temps qui passe trop vite


Méthode pour obtenir ce résultat frais, merdique et déroutant qui bluffera les profanes complexés XD :

1 - Le choix de la forme : surtout pas trop de contraintes académiques du genre : octosyllabes, rimes embrassées. Ca fait obsolète. Choisir le vers libre qui garantit en bonus un gain considérable de temps et d'énergie. Pour donner le change, ne pas cracher sur une petite pseudo-contrainte (acrostiche)

2 - Le style épuré, qui fait très "auteur contemporain", "retour à la simplicité des moralistes", etc... Peindre les choses simples de la vie, avec une petite larme à l'oeil, en mode Quignard / Bonnefoy : succès garanti

3 - Le "je", style "lyrisme qui ne s'assume pas". Des termes qui renvoient à la tradition poétique (ivresses)

4 - Des mots rares (peu !! ; savamment dosés)

5 - Des références (lac/Lamartine ; n'hésitez pas à plagier : les Beatles c'est moyen, mieux vaut opter pour Homère ou la Bible)

6 - Des figures de style (chiasme (vers 4 et 5), zeugma (tu étais petit / je suis nue). Des maladresses (répétitions), voire des fautes de syntaxes (j'ai déjà testé la proposition conditionnelle au futur, c'est le pied :). Objectif : laisser croire qu'on innove

7 - Ménager une certaine récurrence dans les sons (ours/lourd), ne pas lésiner sur les calembours : le but est de faire croire qu'on joue sur le langage, alors qu'en fait : que dalle

8 - Rester dans le confus, l'obscur, voire l'incompréhensible : laisser le champ libre aux interprétations les plus débridées, ça booste le potentiel "signifiant" du texte

9 - Caser une fille à poils quelque part - vous ou une autre. Nota : tradition oblige, les garçons désapés ont moins bonne presse

Régle d'or : penser positif, se dire que tout bien considéré, la littérature n'est une grosse fumisterie vieille de cinq mille ans.

Pour s'en remettre : lire un vrai livre.

# Posté le vendredi 20 mars 2009 21:25

Modifié le vendredi 20 mars 2009 22:35

"Nous ne sommes pas au monde"...

"Nous ne sommes pas au monde"...
... et ça risque pas de changer de sitôt.

Comme entrée en matière après ma longue absence, j'hésite entre "bonjour" et "bonne nuit". L'un dans l'autre : Bienheureux les insomniaques, car ils seront les premiers à lire cet article de première importance. J'estime en effet avoir été victime d'un certains nombre d'injustices vexantes au cours de ces dernières années, et je voudrais aujourd'hui plaider non coupable. Parce que j'aimais la légèreté, on m'a déclarée postmoderne. Comme j'aimais les garçons, j'ai été traitée de nymphomane. Si j'admirais l'égalité, il fallait nécessairement me taxer de trotskisme. Or, toutes ces épithètes me conviennent fort mal, je le dis tout de go, et je voudrais aujourd'hui remettre à l'heure certaines pendules que l'usure a, semble-t-il, quelque peu déréglées. Aussi, rassemblant autour de moi la foule immense de mes semblables, loin de cracher au ciel en invoquant la mort des dieux, je compte bien implorer devant tous miséricorde et absolution, faire voeu d'humilité et me rendre à toutes les valeurs que vous voudrez, travail, famille et patrie en tête s'il le faut, car je suis d'un naturel conservateur, je me sens l'âme d'une future mère gentille pour les petits enfants, dévouée à son mari et parfaitement industrieuse dans l'art de la vaisselle et du ménage. Qu'au-dessus de ma tête on place dans une église des trillons de rois, de fois et de lois, qu'on m'endorme avec des chants célestes, il me semble qu'enfin je saurai à quoi ressemble le bonheur. Comprenez ça comme vous voudrez : les responsabilités me pèsent. Et ceux qui auront cru devoir prendre au troisième degré cette petite mise au point sont des cons, car j'ai rarement été aussi sincère.

La preuve de ma bonne foi par l'exemple : je suis entièrement favorable aux autodafés de bouquins merdiques qui polluent aujourd'hui continuellement le marché du livre. Et pardon si vous avez l'impression d'un saut périlleux entre le coq et l'âne, l'incohérence est souvent difficile à éradiquer, en général quand on veut éviter les fâcheuses interprétations qu'elle entraîne, et en particulier dans mes articles. Or sachez qu'en matière de littérature, j'ai des exigences assez classiques et tout à fait recevables : si je ne découvre pas dans ce que je lis une belle vérité sur ce qui fait le monde et ce qui me fait moi (cf Kundera, Heidegger, Arendt), je bazarde fissa l'inutile paquet de mots au fond d'une étagère qu'il risque fort de ne plus jamais quitter. "Inutile", d'ailleurs, parait en la circonstance un bien faible épithète. C'est "hérétique" qu'il faudrait dire ici - je soutiens qu'il est parfois salutaire d'être un peu dogmatique. Aussi, lorsque l'envie me vient de mettre un peu d'ordre dans ma bibliothèque, j'ai soin de ranger chaque ouvrage selon son rang, en vertu d'une sectorisation méthodique qui fait la part belle aux écrits les plus vrais : Aragon, Kafka ou Joyce, par exemple, situés à hauteur d'yeux - de mes yeux, s'entend, comptez un mètre et soixante petits centimètres. Un peu plus bas, on trouve des oeuvres philosophiques et les manuels d'histoire malheureusement nécessaires à mes activités estudiantines. Plus haut, les auteurs du XIXème qui m'ont touchée, à cause de leur finesse ou par leur exaltation (comprendre ici : tous les auteurs du XIXème, toutes nationalités comprises). Sur la première étagère, au ras du sol, quelques dictionnaires lestent le tout, Petit Robert et Bailly en tête du peloton, un peu d'esprit pratique étant venu à bout de mon inimitié pour le second de ces messieurs. Un dernier espace, enfin, est dévolu aux hérétiques parias infidèles qui n'ont rien à faire dans ma belle bibliothèque, sinon de serrer les rangs pour partager le peu de place qui reste avec des cahiers de brouillons et des flacons de parfum encore pleins, des criterium déjà vides, un chéquier et autres bricoles fatalement non littéraires.

Je m'égare, me direz-vous. Certes, vous répondrai-je. Et une fois cela dit et ceci répondu, tout de suite, donc, je pourrai continuer mon laïus, lequel aura soin de traiter des romans de gare à deux francs qui ne servent strictement à rien, sinon à faire perdre beaucoup de temps et d'argent à beaucoup d'imbéciles. L'exemple le plus éloquent qui me vient à l'esprit est cette daube intégrale signé Houellebecq (La Possibilité d'une île), biographie en deux actes d'un frustré sexuel vieillissant, riche et désabusé, si pénible de surcroit qu'on trouve à chaque page au moins une douzaine d'occasions de périr d'ennui, et qu'on espère de tout coeur que ce libidineux crève vite à chaque fois qu'il semble toucher le fond. Comme les autres - rares - personnages, il a dépassé le stade du stéréotype discret pour celui de la caricature criarde, et je maintiens que tous les artefacs pour nous faire croire le contraire ne sont que d'odieuses fumisteries. De sorte qu'on émerge du bouquin perplexe et désorienté, après avoir ingéré des masses indigestes de paragraphes relevant d'une pseudo vulgarisation de théories déjà énoncées il y a bien longtemps, - et avec autrement plus d'adresse, soit dit en passant, que n'en fait montre la prose houellebecquienne -, comme si ça pouvait être ça - un stock de généralisation abusives -, le genre de service qu'on est en droit d'attendre d'un roman. D'ailleurs, il me suffit d'ouvrir le livre au hasard pour tomber sur un de ces passages infernaux qui tablent sur l'inculture du lectorat visé avec une condescendance irritante :

- " au fond, il me paraissait normal que l'échange d'idées avec quelqu'un qui ne connaît pas votre corps (...) soit un exercice faux et finalement impossible (RIP Aragon), car nous sommes des corps, nous sommes avant tout, principalement et presque uniquement des corps (RIP Montaigne, RIP Foucault), et l'état de nos corps constitue la véritable explication de la plupart de nos conceptions intellectuelles et morales (RIP Diderot, RIP Levi...)"

...Et ne vous retournez pas trop dans vos tombes...

Pour terminer rapidement et parce que j'ai sommeil - sinon je pourrais encore en rajouter plusieurs louches -, je dois avouer que si l'intention de ce type était de vider la littérature du sens qu'elle est censée engendrer et du soulagement qu'on peut exiger d'en tirer, il a parfaitement réussi son coup. Je trouve ça très fâcheux et ça m'énerve beaucoup ; si vous tenez à vous faire une idée de l'étendue des dégats, je vous engage à emprunter plutôt qu'à acheter un exemplaire, histoire d'éviter d'être plumé comme un pigeon en plus d'être farci comme un dindon. Sur cette blague pas drôle qui me vaudra des ricanements, bonne nuit. (Baille).

# Posté le mardi 03 mars 2009 21:17

"Notre bonheur, mon cher, tiendra toujours entre la plante de nos pieds et notre occiput"

"Notre bonheur, mon cher, tiendra toujours entre la plante de nos pieds et notre occiput"
Les amis, vous voulez savoir ce que j'ai fait pendant les vacances ? Pour mon malheur, pas grand chose ; j'ai lu Balzac et c'est bien triste car quoiqu'en dise Julien Gracq, je doute que ce brave homme soit capable de m'épauler dans mon entreprise actuelle, à savoir rédiger une putain de bordel de merde de dissert de litté sur l'intérêt du "discontinu" dans l'oeuvre - discontinu mon cul -, dissert que j'aurais dû mailer à la prof la semaine dernière soit dit en passant, mais ne nous formalisons pas pour si peu. Au fait, vous vous en fichez ? Tant mieux ! En tout cas je la sens très très mal cette reprise, c'est moche ce qui m'arrive, vous avez le droit de verser une larme sur mon sort, ça changera pas l'ordre du monde mais ça me poindra peut-être, comme dirait B***. La vie est dure.

Bon, c'est compliqué de réussir à solliloquer quand on n'a rien à dire ; vous aimez Faulkner ? Eh bien courez au Gibert Joseph de l'Odéon, Tandis que j'agonise y est bradé à 2¤ et des poussières en occasion, et je peux vous garantir que c'est une affaire - à condition d'avoir assez de numéraire pour investir dans une corde ensuite, étant donné qu'on sort rarement de Faulkner sans avoir envie de se pendre. Quoi ? Ben oui, c'est vrai, c'est fort déprimant tout ça, mais "'fin bon - euh", comme dirait Elie Semoun, voilà qui est bien joli, mais j'ai comme l'impression d'être dans l'impasse. Si je calcule bien et nON MAIS MERDE MAIS ARRETEZ DE M'ENVOYER DES CHAINES DE LETTRES POURRIES SUR HOTMAIL non mais oh mais genre comme si entre facebook et jobetudiant y avait pas déjà assez de nuisibles qui prenaient d'assaut ma messagerie. C'est usant à la fin.

Au fait, quelqu'un s'est-il déjà interrogé sur la santé mentale de Balzac ? Je sais qu'il est mort, hein, c'est pas la question, et je m'excuse moult fois de revenir sur le sujet, mais, nonobstant qu'on lui doive la formule bizarre qui me sert de titre, il lui arrivait d'écrire des trucs vaguement inquiétant. Quand je lis ça, par exemple : "bien, mon petit aiglon ! vous gouvernerez les hommes ; vous êtes fort, carré, poilu ; vous avez mon estime", je me pose des questions, et pas des moindres.

Bonne soirée

# Posté le dimanche 04 janvier 2009 14:09