« Retour au blog de aemer

Agoraphobie (phase terminale)

Agoraphobie (phase terminale)
J'aime pas beaucoup les cours de lettres cette année, c'est un fait. En plus aujourd'hui, on devait se taper un remake du corrigé du concours blanc (que la prof avait déjà fait hier mais qu'elle a repris pour les absents, c'était très chiant), et pour ne rien arranger, elle est partie en trip sur la cinquième promenade des Rêveries : Rousseau, étamines et plaisir solitaire au menu (je vous passe les détails, n'allez pas non plus imaginer des trucs immondes, ça reste assez soft).

Comme je m'ennuyais, j'ai décidé d'écrire un petit poème (c'était idiot mais les filles à côté de moi peignaient des aquarelles ou dessinaient des portraits de leur copain au criterium, et toute cette effervescence créatrice était fort stimulante). Le problème, c'est que je suis la pire des médiocres en matière d'art, qu'en tout cas aucun plouc transcendant ne m'a jamais dotée de la plus infime particule de génie. Je me suis donc demandée : comment écrire un poème qui fait genre trop génial quand on est inculte et qu'on n'a pas de talent. J'ai (peu) réfléchi et j'ai produit ça :


Là c'est mon petit vortex de solitude où le lac
Allonge ses eaux sur l'étendue de nos ivresses
C'est là que vient le soleil et je sais que tout va bien

Encore je plonge où personne ne plonge
Ni ne s'envase où je m'envase

A petits pas d'oiseau dans la boue
Rien n'existe encore sinon les traces des oiseaux
A petits pas d'oiseleur et je m'enfonce avec des
Gargouillis comme un petit ours lourd de tous les poissons
Ode au début des débuts quand tu étais petit quand je suis
Nue dans les bras du temps qui passe trop vite


Méthode pour obtenir ce résultat frais, merdique et déroutant qui bluffera les profanes complexés XD :

1 - Le choix de la forme : surtout pas trop de contraintes académiques du genre : octosyllabes, rimes embrassées. Ca fait obsolète. Choisir le vers libre qui garantit en bonus un gain considérable de temps et d'énergie. Pour donner le change, ne pas cracher sur une petite pseudo-contrainte (acrostiche)

2 - Le style épuré, qui fait très "auteur contemporain", "retour à la simplicité des moralistes", etc... Peindre les choses simples de la vie, avec une petite larme à l'oeil, en mode Quignard / Bonnefoy : succès garanti

3 - Le "je", style "lyrisme qui ne s'assume pas". Des termes qui renvoient à la tradition poétique (ivresses)

4 - Des mots rares (peu !! ; savamment dosés)

5 - Des références (lac/Lamartine ; n'hésitez pas à plagier : les Beatles c'est moyen, mieux vaut opter pour Homère ou la Bible)

6 - Des figures de style (chiasme (vers 4 et 5), zeugma (tu étais petit / je suis nue). Des maladresses (répétitions), voire des fautes de syntaxes (j'ai déjà testé la proposition conditionnelle au futur, c'est le pied :). Objectif : laisser croire qu'on innove

7 - Ménager une certaine récurrence dans les sons (ours/lourd), ne pas lésiner sur les calembours : le but est de faire croire qu'on joue sur le langage, alors qu'en fait : que dalle

8 - Rester dans le confus, l'obscur, voire l'incompréhensible : laisser le champ libre aux interprétations les plus débridées, ça booste le potentiel "signifiant" du texte

9 - Caser une fille à poils quelque part - vous ou une autre. Nota : tradition oblige, les garçons désapés ont moins bonne presse

Régle d'or : penser positif, se dire que tout bien considéré, la littérature n'est une grosse fumisterie vieille de cinq mille ans.

Pour s'en remettre : lire un vrai livre.

# Posté le vendredi 20 mars 2009 21:25

Modifié le vendredi 20 mars 2009 22:35

« Article précédent : "Nous ne sommes pas au monde"...

Article suivant : Nota »