"Oh ! tous les vices, colère, luxure, - magnifique, la luxure" (1)

"Oh ! tous les vices, colère, luxure, - magnifique, la luxure" (1)
Chers amis - car vous êtes des amis avant tout, ne l'oublions pas - je nourris de grands projets à l'aube de cette année de khâgne, mais passant outre sur l'imminence de leur inéluctable avortement, permettez-moi de confesser à la foule entière de mes semblables (2) les vélléités passablement lubriques qui m'animent en cette houleuse période de rentrée scolaire ; car n'en déplaise à Kant, c'est un fait avéré (3) qu'on ne refuse pas de s'adonner aux plaisirs de la chair (4) lorsque lesdits plaisirs sont offerts sur un plateau (un lit, un cendar, ...) par le sosie d'Ulrich Mühe, immortalisé ci-contre dans toute son inextinguible splendeur.

Bref, comprenez par là - ou ne comprenez pas, je m'en contrebalance -, que j'ai une fois de plus cédé à mes tendances marquées pour la gérontophilie. Que mon cas soit incurable, je vous l'accorde de bonne grâce et je me permets de préciser au passage que c'est actuellement le cadet de mes soucis, voire le benjamin, en tout cas le dernier de la fratrie, celui qui avait le choix, voici grosso modo huit siècles, entre aller crever parmi les rats dans un monastère glacial en pleine cambrousse profonde ou se faire latter la gueule dans une quelconque garnison d'arquebusiers faméliques, vaste dilemne me direz-vous. Quoiqu'il en soit, je noie mon avenir de procrastineuse irrécupérable dans des mers de salive et de liquide séminal - pardonnez l'audace de la métaphore -, et j'en profite pour m'entraîner à passer des nuits blanches, discipline fort pratiquée en prépa.

Trêve d'élucubrations car tout ça m'emmerde au plus haut point et me rend détestablement vulgaire ; au reste, je dois réviser ma morphologie grecque. Over

1 - Rimbaud, Une saison en enfer
2 - Rousseau, Confessions
3 - formule chère aux philosophes
4 - idiome des moralistes

# Posté le dimanche 07 septembre 2008 13:00

Modifié le dimanche 07 septembre 2008 16:10

Snow was general all over Ireland

Snow was general all over Ireland
A few light taps upon the pane made him turn to the window. It had begun to snow again. He watched sleepily the flakes, silver an dark, falling abliquely against the lamplight. The time had come for him to set out on his journey westward. Yes, the newspapers were right : snow was general all over Ireland. It was falling on every part of the dark central plain, on the treeless hills, falling softly upon the Bog of Allen and, farther westward, softly falling into the dark, mutinous Shannon waves. It was falling, too, upon every part of the lonely churchyard on the hill were Michael Furey lay buried. It lay thickly drifted on the crooked crosses and headstones, of the spears of the little gate, on the baren thorns. His soul swooned slowly as he heard the snow falling faintly through the universe and faintly falling, like the descent of their last end, upon all the living and the dead.

James Joyce, The dead (in Dubliners)

(Quelques petits coups légers sur la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il avait recommencé à neiger. Il suivit d'un oeil ensommeillé les flocons argentés et sombres qui tombaient abliquement dans la lumière du reverbère. Le temps était venu pour lui d'entreprendre son voyage vers l'ouest. Oui, les journaux avaient raison : la neige tombait sur toute l'Irlande. Elle tombait sur chaque partie de la sombre pleine centrale, sur le collines sans arbres, tombait doucement sur le marais d'Allen et, plus loin vers l'ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s'ammoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement tandis qu'il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l'univers, et, telle la descente de leur fin dernière, évanescente, tomber sur tous les vivants et les morts.)

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 16:51

Modifié le jeudi 04 septembre 2008 17:15

Special to me

Caught up in your wheelin' dealin' you've got no time left for simple feelin'
I thought I knew you but I didn't know you at all
Trapped inside your world of worry you miss so much when you always hurry
Well slow down baby you'll only get hurt if you fall

Well you told me one time that you'd be somebody
That you weren't workin' just to survive
But you're workin' so hard that you don't even know you're alive
Workin' so hard to be somebody special not working just to survive
Well you're special to me babe but what I don't see babe is
Where you go once you arrive
Where we go once we arrive

Damn all evil that takes possession until your pipe dreams become obsessions
They scare me baby and we should have nothing to fear
I'm no child but I can't help wonder it seems like some kind of spell you're under
You're listnin' baby but somehow you don't really hear

Well you told me one time that you'd be somebody
That you weren't workin' just to survive
But you're workin' so hard that you don't even know you're alive
Workin' so hard to be somebody special not working just to survive
Well you're special to me babe but what I don't see babe is
Where you go once you arrive
Where we go once we arrive

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 15:06

"Ben... disons que je l'ai cru pendant longtemps, mais j'ai fini par changer d'avis"

"Ben... disons que je l'ai cru pendant longtemps, mais j'ai fini par changer d'avis"
J'ai trouvé la seule anecdote désopilante de la journée ce soir, en feuilletant l'ignoble lexique de grec ancien que je venais d'acheter (à mon corps défendant, bien entendu) : j'ai découvert que le superlatif "agan" - alpha, gamma, alpha, nu -, "trop" en français, voulait dire "très" dans la poésie classique. Autrement dit, le langage châtié des antiques correspond à notre registre familier, ce que je trouve euh... Pas drôle, en fait. Vous non plus, hein ? Wunderbar, pour une fois, nous tombons d'accord...

Ceci étant, un film que je vous conseille de voir : Que la bête meure, et un délicieux petit échange de répliques tiré dudit* :

- Parlons franchement : qu'est-ce que vous voulez de moi ?
- Beh, écoutez, euh... Vous n'êtes quand même pas une petite fille quoi, c'n'est pas très très difficile à comprendre.
- Eh bien vous faites comme si j'étais une petite fille ; et vous me répondez.
- Eh bien, puisque vous voulez que je vous sorte les platitudes d'usage, je vous dirai... que vous êtes belle. Vous avez du charme ; vous me plaisez beaucoup.
- Poursuivez.
- Depuis le jour où vous êtes entrée dans ma vie, je ne dors plus, je ne mange plus, je bois peu ; le chant des oiseaux n'est qu'une triste rengaine et le parfum des fleurs sent le renfermé.
- ...
- Ca vous suffit ?
- Non
- Non
- Je ne savais pas que ce genre d'hommes existait encore.
- C'est pas du tout ce que vous croyez.
- Etes-vous marié ou vertueux ?
- Ni l'un ni l'autre.
- Alors vous n'avez pas envie de m'embrasser.
- Si
- Drôle de type.

Bien sûr, vous n'avez rien compris, ce dont je ne me formalise pas.
Bonne soirée

* à lire lentement, avec de longs silences

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 14:59

"Vous pensez que vous êtes la seule à ne pas être très nette ?"

"Vous pensez que vous êtes la seule à ne pas être très nette ?"
Non, chers lecteurs, je ne suis pas encore morte, et je vous imagine déjà soupirer d'épuisement légitime à la vue de ce nouvel article attestant de ma survie en ce bas monde. Nonobstant, il est impératif que je vous fasse part d'une hérésie des plus viles : la bibliothèque Saint-Geneviève "sera fermée jusqu'au samedi 6 septembre inclus" ; je n'invente rien, je cite. Aussi suis-je en rade de bouquins utiles, à savoir ceux dont j'aurai besoin pour ma première colle de litté(1), et la situation me parait des plus désespérée. Citons - fort à propos - un dénommé Jean-Jacques : "lecteurs pitoyables, partagez mon affliction"(2).

Bref, étant dans l'incapacité la plus totale de m'instruire, et ce à mon corps défendant, j'ai largement le temps de vous faire part d'une révélation fondamentale qui s'imposa à mon esprit alors que, villégiatures obligent, je gravissais d'obscurs sommets pyrénéens. Non seulement cette révélation devait changer pour toujours ma conception de l'homme et de la vie - libre à vous de rajouter des majuscules -, mais elle se manifesta à moi dans un contexte tout particulier, au creux d'une crête herbue surplombant un vallon luxuriant où des lacs indigo reflétaient l'éther immaculé, la brise au sommet des collines chariant de capiteux parfums floraux et le cosmos combinant ses splendeurs dans une apothéose de sons, de couleurs, d'étoiles invisibles dont la subtile présence métamorphosaient l'univers en cette image remplie d'âme que le sieur Immanuel se plaisait à qualifier de sublime(3).

Mais trève d'envolées, chers lecteurs, j'étais donc avachie comme une loque dans la position dite de la limace, parcourant d'un oeil ennuyé La mort à Venise(4), et songeant que la présence des insectes sur mon anatomie me dérangeait au plus haut point - une araignée, entre autres, gravissait gaillardement mon mollet - lorsque je compris brusquement à quel point chaque vie était une aventure. La prise de conscience était de taille, je blêmis sous le choc. Ô ! Joyce, merci ! Tu disais vrai, l'Odyssée n'est Ô qu'une pâle imitation de l'existence humaine, et Ô chaque homme est un Ulysse qu'un long périple Ô entraîne(5). Ca s'appelle une métaphore et il faut avouer qu'en l'espace de trois phrases, j'ai réussi à déballer un nombre fort impressionnant de banalités utiles.

En conséquence de quoi, "médiocres, où que vous soyez, je vous absous"(6).



1 - Amours, Ronsard ; Electre, Giraudoux ; Manon Lescaut, Abbé Prevost ; Pièces, Francis Ponge ; Les mouches, Sartre ; Lettres persanes, Montesquieu

2 - Rousseau, Confessions

3 - Kant, Le jugement esthétique

4 - Thomas Mann

5 - C'est Molly qui parle comme ça, je pastiche (dernier chapitre d'Ulysses)

6 - Amadeus, Milos Forman

# Posté le mardi 02 septembre 2008 13:23

Modifié le jeudi 04 septembre 2008 15:14