Bref, quoique ma main agile et mon esprit en transe nourrissent un furieux désir d'évoquer la phrase la plus salutaire du cinéma nord américain, j'éviterai de citer Salieri ce soir, pour cause de manoeuvres plus urgentes à accomplir et d'une prudence louable qui m'invite à réserver des munitions pour mon prochain article - où il me sera libre, tout à loisir et plus à propos, de recracher mes petites perles cinématographiques. Pour l'heure, recentrons-nous.
Tout d'abord, je viens de constater que la bibliographie censément ingurgitée par moi pendant les vacances d'été s'est arrangée pour conserver ses proportions pachydermiques, comprenez par là que des deux douzaines de bouquins que j'aurais du lire avec l'avidité du disciple en quête de savoir magistral, je n'en ai feuilleté que deux - et encore pas des plus dodus -, j'ai nommé le Théétète de Platon et Le Contrat social de Rousseau. Certes, c'est Mal. Mais permettez-moi de plaider ma cause dans la foulée, Plat-Plat m'a toujours emmerdé depuis la première phrase du premier livre que je me suis tapée de lui, vous comprendrez donc aisément que l'entendre pseudo-dialoguer à propos de science ne pouvait que me rebuter davantage. En ce qui concerne Rousseau, j'avais déjà une connaissance plutôt exacte de son "Traité" (sic) jadis fiché dans un train si mes souvenirs sont bons, et dont la pertinence limpide fit de moi une de ses adoratrices invétérées. Notez au passage, chers préromanticophiles, que je tiens Jean-Jacques pour l'homme le plus attachant qu'il m'ait été donné de lire, affirmation quelque peu hâtive - soit - puisque je me suis arrêtée au deuxième chapitre de ses Confessions : veto et régime spécial pour cette erreur de vieillesse dont il espérait manifestement que personne ne la lise, sinon j'avoue que je vois pas vraiment pourquoi il se serait fait chier à la pondre.
Mais laissons Rousseau à ses moutons, à ses pommes et à ses amours gérontophiles, car ce n'est certainement pas lui qui nous amènera au point, comme diraient nos compatriotes expatriés outre-Manche (d'où l'intérêt de prononcer poïnt), ou du moins pas au poïnt où j'aimerais en venir. Tout ça est bien laborieux, ayez pitié de ma fatigue aiguë.
Je reprends : avez-vous déjà trouvé un quelconque intérêt à mon blog ? Moi non. Et une utopique utilité ? Moi non plus. Nous voilà d'accord , ce qui me facilite la tâche.
Les rares garçons de ma connaissance à qui j'ai eu le malheur de refourguer l'adresse fatidique ont d'ailleurs abondé dans mon sens. Mes articles sont creux, lassants, mal écrits, etc... Attention : je parle ici de garçons subtils et plein de finesse (E*** et D*** se reconnaitront si ça les amuse), pas des boulets qui débarquent sur msn à 2h du mat en proférant des insanités notoires du genre "tu vien dormir avec moi?" ou "je ne croi en aucun dieu uniquement au destin" et, au point où ils en sont, en oubliant éhontément de conjuguer le présent des verbes du troisième groupe - allergie aux s ou grève du cervelet ? Bref, ne vous y trompez pas, voilà bien le phénomène auquel je suis confrontée à l'instant même.
Reprenons. Cet article ayant de toute évidence un but quel qu'il soit dont je subodore à juste titre que vous ignorez tout bien qu' ayant déjà lu les trois quarts du texte en gestation, force m'est de constater que l'art de la digression me fuit tel le vol des oies sauvages, aussi me parait-il judicieux d'en venir au fait : et le fait en question est que j'ai trouvé PIRE que moi sur sky.
Cela vous ébaubit-il ? Ne vous ébaubissez point trop longtemps. Voyez, et constatez. Cet homme, qui brandit l'absurdité de son existence virtuelle avec une satisfaction dont j'ai peine à comprendre, non seulement les tenants, mais encore les aboutissants, compose des articles où il s'interroge sur la température nécessaire à la bonne conservation des brownies et le rôle joué par Dumbo dans l'attentat du World Trade Center, blablate sans suite dans son profil, semble tout ignorer de la gamme dodécaphonique, et enfin se délecte des compliments enduits de bave d'une bande de groupies en plein délire simiesque - car une fille énamourée ressemble incontestablement à un singe, ne contrariez pas en réfutant cette évidence les très flatteurs fantasmes de F*** qui voyait en moi une guenon.
Mais ne nous arrêtons pas à de telles broutilles et poussons plus avant nos investigations : car non seulement ce type est bardé d'admiratrices pâlichonnes, dont une certaine "Mademoiselle de la Mole", comprenez : l'infâme peste lunatique qui fait chier Julien Sorrel dans Le Rouge et le Noir tout en l'appâtant de ses deniers en or massif - sans blague, je me demande bien quel genre de fille peut s'identifier à cette blondasse sans envergure ; perso j'ai fermé le bouquin pendant deux semaines dès son apparition dans l'intrigue, et j'ai du me doper à Hugo et aux Schtroumpfs pour le rouvrir - bref ; non-seulement-mais-encore*, pour en revenir à nos moutons, une ribambelle d'humoristes en herbe vient fignoler pour chaque article de petits commentaires circonstanciés ayant pour but de répondre à des questions du genre : "Pensez vous que le self love soit majoritaire chez les fanatiques de papayes, ou lui préférez-vous un voyage à Madagascar ?", ce qui me laisse béante - telle le Frédéric de Flaubert - d'incompréhension avouée.
Bref, je fustige - pour rien. Précision subsidiaire : je suis officiellement fan de ce blog qui me file des complexes d'infériorité et j'indique au passage au sieur Xavier que dans l'expression "rhétorique de l'absurde", le h vient après le r, et pas avant le o.
Bonne nuit.
* en latin : non solum sed etiam



