Ô ma nocturne amante
J'ai noirci mes fesses nues en essuyant la cendre dispersée de nos ébats fugaces
Ô ma nocturne amante, j'ai barbouillé mon petit cul maniable et excitant avec la cendre froide de nos ébats clandestins, volés au point du jour, ô mon amant nocturne
Ô la cendre de nos ébats, ô mon petit amant
A moitié dévoré, je t'ai rangé dans la boîte des amours passagères, celle qu'on ouvre quand on le veut, mon tout petit amant.
J'ai nourri - émouvante caresse - les bébés moustiques qui venaient téter ma peau lorsqu'ensemble on baguenaudait sur le balcon, on écoutait en silence, on voyait à l'est flageoler scintillantes les premières lueurs de l'aube, le ciel moutonneux et luminescent, très sombre encore, c'était le milieu de la nuit, oui, trois heures trente, plutôt la lumière des réverbères alors, leur reflet sur les nuages, plutôt ça que l'aube, comme un rougeoiement crépusculaire, comme ton oeil qui s'allumait parfois au rythme de mon souffle, je t'ai goûté comme un bonbon, nuitamment, j'ai goûté ton haleine.
J'ai goûté ton haleine et j'avais tes mains sur mes hanches, ô les mains froides de la nuit, et tu m'embaumais dans ton parfum, j'ai encore ton odeur sur mes doigts, ma ténébreuse amante.
Souviens-t'en juste un peu.
Le son des jets d'eau, un froissement sur l'herbe large. Roues d'une voiture contre le gravier sec. Un chat en forme d'ombre blanche ; bruyant et pataud dans cette immobilité frissonnante. La silhouette de la balustrade. L'air juste un peu trop froid. Un frôlement des mains. Ton souffle encore, brumeux. Nos baisers tièdes. Ne me quitte pas.
Et j'ai pensé, oui - oui c'est vrai -, j'ai pensé, après tout aussi bien lui qu'un autre ; aussi bien toi qu'une autre ô mon amante au doigt gracile. Tu m'as fait découvrir dans ta respiration paisible un éther peuplé de fantasmes. J'ai vogué dans mes maux, rencontré au détour de tes méandres en volutes la chimère à tentacules. Il y avait dans son oeil un charbon écarlate et sur chacun des tentacules, ô sur chaque tentacule, de la peau en forme d'amour, des lambeaux de volupté, ô jolie chimère aux cils taillés en biseau, partout des lits chauds, des chairs palpitantes de sang rouge, un ciel superbe au creux des draps et plus loin, ô plus loin, un sein unique, plus gros et flasque que les miens, tendrement endormi, fondant et fuyant comme de la barbe à papa.
Souviens-toi de cette nuit, ma belle, ma terrifiante amante, et dévore-moi maintenant - car tu me tues, c'est vrai, mais tu me fais du bien
(dans l'ordre d'apparition, merci à ceux sans qui ceci... : N***, Brel, Joyce, Dalida, Duras)